Chroniques de Miyori - Un Aigle Egaré Partie 1

Story by Ikita on SoFurry

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Au sein du monde de Sumeris, grande civilisation des temps mythiques d'Altaya, Ikita, un jeune léopard des neiges esclave de son devoir ancestral, fait de son mieux et tente de profiter de la vie malgré les incessantes demandes du Dieu Gryphon. Fort de ses pouvoirs d'incarnation, il affronte les agents du Lion menaçant le territoire de son maître et tente de percer les secrets des montagnes de Miyori. Bien évidemment, l'amour et la chair ne sont jamais loin et une saine pause est souvent... nécessaire.


Chroniques de Miyori

Un Aigle Egaré Partie 1

Le bruit des tambours résonnait dans tout mon être. Le feu du brasier échauffait ma fourrure en cette nuit particulièrement froide et morne. J'étais debout, plaqué contre le totem du village auquel une corde me retenait. Mon père se tenait face à moi, près du foyer, arborant la tenue traditionnelle de notre clan. Il était rare qu'il portât ainsi la peau de Boreas, Dieu Gryphon et protecteur de nos montagnes.

« Il est temps, mon fils. »

Ses oreilles de léopard des neiges se dressaient avec fierté tout comme sa queue, qu'il balançait d'un rythme lent et assuré. Sa fourrure usée et abîmée, palissant par endroit, démontrait son âge et son expérience en tant que serviteur de Boreas.

Tout le village était présent, assistant à la scène. Le rituel de Passation que mettait en place mon père n'arrivait souvent qu'une fois dans une vie entière. Le dernier combat qu'il avait livré l'avait fortement affaibli et il lui restait tout juste assez de force pour accomplir le rituel qui allait faire de moi son successeur.

Le doyen du village s'approcha lentement de mon père, s'appuyant sur un bâton épais qu'il trainait comme si son poids lui était difficilement soutenable. Se redressant face à lui, nullement impressionné, il parla d'une voix haute et claire, bien plus vive que l'on ne pouvait s'y attendre.

« Es-tu vraiment sûr de ta décision, Horas ? lui demanda-t-il abruptement. Il est encore jeune et inexpérimenté. Sa formation n'est même pas encore terminée.

– Encore cette question, vieillard ? répondit sèchement Père.

– La Passation est risquée. Il faut de nombreuses années pour s'y préparer, sans compter les épreuves spirituelles pour cultiver la force d'âme du candidat. Il n'est qu'un enfant !

– Penses-tu que j'ai encore vraiment le choix ?! Regarde ces marques ! »

En colère, il jeta son couteau d'os sur la table de pierre qu'il utilisait pour préparer le rituel avant de tirer sur sa tunique, révélant les tâches noires putrescentes sur sa poitrine.

« La corruption s'insinue en moi tel un poison. Je ne sais même pas si je passerai la nuit. »

– Je m'en rend bien compte, temporisa le vieil homme, mais j'insiste. Il n'est pas prêt. Lui non plus pourrait ne pas survivre à la Passation.

– Il y arrivera… se calma mon père. C'est un enfant têtu et rebelle, mais je crois en lui. Quoiqu'il arrive, un Gardien devra voir la lumière du jour… Il apprendra. »

Mon père soupira et pris la mixture qu'il venait de terminer. Il psalmodia quelques mots avant de tousser et de cracher du sang sur les herbes et les pots de cendres. Plusieurs villageois tentèrent de le rejoindre pour lui porter assistance, mais son regard impérieux leur intima de reculer. Il prit d'une main tremblante le bol contenant la préparation et se tourna dans ma direction.

J'aurais voulu m'enfuir en cet instant, mais les liens, parfaitement noués, m'en empêchait. J'avais beau tenté de les forcer en tirant de toutes mes forces, rien n'y faisait. Cette destinée qu'il m'imposait m'était insupportable, mais il m'était devenu impossible de la refuser. Ma courte vie d'enfant n'avait été dévolu que pour ce moment, même s'il intervenait bien plus tôt qu'attendu. Je savais ce qui allait suivre. La peur m'étreignait, à la limite de la panique.

« Père, arrête… suppliai-je alors qu'il approchait.

– Ne t'inquiète pas. Nous avons tous dû endurer cette épreuve dans notre lignée. »

Il posa sa main sur mon épaule et caressa mon visage avec sa queue tentant ainsi de me rassurer. Même ses chaleureuses attentions ne pouvaient me calmer. Les larmes coulèrent sur mon visage alors que ma propre queue se balançait nerveusement, de plus en plus frénétiquement à mesure que le bol s'approchait de mes lèvres. Je le haïssais en cet instant. Je maudissais le village entier de ne pas l'arrêter. Deux guerriers se tenait près de moi et ouvrirent ma gueule de force pour que j'ingère le breuvage.

« Pardonne-moi, mon fils, pour ce fardeau que tu devras endurer sans moi. »

Mes cris furent couverts par le liquide se déversant dans mon museau alors que je me débattais. Ma langue me brûlait et mon corps fut pris d'une violente douleur qui me déchira les entrailles. Je…

Je poussai un immense cri en me réveillant dans mon lit de paille. Les rayons du soleil matinal éclairaient ma cahute d'une douce pénombre. La poussière la constellait comme le pollen lors du Renouveau, voletant avec lenteur. Je n'entendais que le profond silence de la neige hivernale qui recouvrait alors toute la montagne. Ce n'était qu'un cauchemar, le même que je faisais depuis ce même jour où, il y a des années, je devins Gardien.

Je me levais doucement, la main sur le visage pour me remettre de mes émotions. D'un pas trainant, je sortis de la bâtisse pour m'étirer en plongeant mes coussinets dans la neige fraiche. Un long bâillement me décrocha la mâchoire pendant que la fraicheur de la saison revigorait mon corps et chassait la nuit agitée de mon esprit.

« Eh bien, on se ne gêne pas ! »

Je tournai soudainement la tête vers cette voix familière. Kobe, mon ami d'enfance, était assis sur le banc à gauche de la porte. Ses cheveux noirs mi-longs flottait dans la brise fraiche. Il arborait ses habits d'hiver consistant en une épaisse fourrure. En croisant mon regard, il détourna les yeux, son mignon visage d'humain rougissait à la vue de mon corps nu de félin.

« Je suis sûr que la vue te plait, lui répondit-je avec un sourire fatigué.

– Je ne nie pas, mais va tout de même t'habiller, exigea-t-il gêné. Je n'ai pas besoin d'admirer ta virilité féline si souvent. Et puis, il fait froid aujourd'hui. Je sais que ta fourrure est épaisse, mais montre un peu de décence à la fin.

– Laisse-moi finir de me réveiller d'abord… baillai-je une nouvelle fois. Puis-je savoir ce que tu fais là de bon matin ?

– Ton maître m'a envoyé te chercher. Elle veut te parler urgemment.

– Que me veut-elle encore ? demandai-je avec une pointe d'agacement.

– Elle m'a prévenue que c'était assez important pour qu'elle vienne te tirer dans la neige par la queue si c'est nécessaire. Alors, si tu ne veux pas que je te traîne moi-même jusqu'au foyer du village, ton fourreau à l'air, tu devrais te dépêcher.

– D'accord… me résignai-je. Laisse-moi une minute. »

Je rentrai dans le bâtiment et ramassai négligemment mes vêtements posés sur un tabouret près de là : un simple short et d'un gilet sans manche tous deux gris et bleu. Ils avaient été confectionnés spécialement pour moi par la tisseuse du village. Bien que non conforme à la tradition, ils étaient agréables à porter et pratique sur bien des aspects. J'appréciais les tenues légères, d'autant que ma fourrure et mon entrainement étaient bien suffisant pour me gratifier d'une grande tolérance à la rudesse du climat.

Je m'équipai ensuite de mes brassards et amulettes spirituelles sans oublier, bien sûr, le plus important pour un Gardien : mon Vecteur d'âme. Je le ramassai sur ma table de chevet. Il s'agissait d'un cristal bleu en forme de croc attaché à un cordon que je portais souvent en collier. C'était mon amulette la plus puissante, confié par mon père avec sa responsabilité.

Un jour, je devrais aussi le confier à mon fils lors de sa Passation, mais je doutais qu'un jour telle chose arrivât. Je n'aurais surement jamais de descendance. Même les anciens ne croyaient pas que ma lignée continuerait après ma mort. Pour le village, je serais sûrement le dernier Gardien. Il fallait dire que je ne faisais pas grand-chose pour les faire changer d'avis.

« Tu te dépêches, fichu chat de gouttière ? fit Kobe à la fenêtre avec une certaine lassitude.

– Ouais, ouais, j'arrive ! »

J'enfilai l'amulette et ajusta mes habits avant de sortir en trombe de la bâtisse, m'élançant à quatre pattes sur le chemin de terre enneigé.

« Essaie de me rattraper si tu peux ! » lançai-je sans m'arrêter face à un ami consterné.

Je ne vivais qu'à quelques centaines de mètres du village. Yarita était perché dans la longue chaîne de montagnes de Miyori, le royaume de Boreas. Nous nous trouvions sous son antre, à la base du Mont Sacré. La tribu n'était pas grande et ces lieux isolés n'attiraient que peu de visiteurs. Tout au plus une marchande du monde soi-disant civilisé y avait installé un comptoir pour nous apporter du matériel en échange d'herbes et d'objets qu'elle ne trouvait qu'en cette contrée.

Des érudits passaient bien de temps à autres, voire des bandits que je devais garder à l'œil. Le nombre de caravane dans la région avait augmenter depuis peu, me donnant un surcroît de travail dont je me passerais bien.

Pour tout dire, je ne m'intéressais que peu à cette engeance et me contentait de surveiller les faits et gestes de ces inopportuns. Les incidents étaient heureusement rares et je pouvais me permette d'arpenter la contrée et dénicher ses trésors en aidant les esprits locaux à soulager leurs tourments.

En arrivant aux limites du village, plusieurs villageois me saluèrent respectueusement. Quelques enfants voulant jouer avec ma queue m'imposèrent de subtiles esquives, bien que leurs parents les réprimandassent aussitôt. Akara, à la fois la doyenne, mon maître et ma tutrice, était assise sur une buche de sapin, observant la vie de ses ouailles.

« Te voilà enfin, vulgaire chat des champs, m'interpella-t-elle en m'apercevant.

– Toujours aussi agréable à ce que j'entends, fis-je en baillant de manière provocante.

– Tu auras droit à autre chose que mes insultes le jour où tu rempliras tes obligations de Gardien avec assiduité. » Elle ponctua ce dernier mot en frappant le sol avec son bâton. « Le soleil est haut dans le ciel et je m'attendais à voir tes oreilles rondes pointer devant ma porte juste avant son lever.

– Je suis désolé… répondis-je en faisant la moue.

– Si ton père voyait cela…

– Je refuse de parler de lui, l'interrompis-je en soufflant d'agacement. »

Mon maître soupira en secouant la tête devant mon expression puérile d'adolescent. Elle se cramponna fermement à son sceptre de shaman, son visage montrant soudainement plus de douceur.

« Tu as encore rêver d'Horas, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec une pointe de mélancolie.

– Ce n'est rien… esquivai-je en détournant le regard. J'ai l'habitude. Je suis désolé de pas m'être réveillé à temps pour l'entrainement.

– Il n'y aura pas d'exercice pour aujourd'hui, mon petit. Boréas s'est exprimé dans mes songes et il a une tâche à te confier. »

J'avais beau être le Gardien de Boréas, mon lien avec lui restait encore ténu. J'étais encore bien trop faible et peu expérimenté pour entendre sa voix. Akara, en tant que shaman, y était sensible et le Grand Gryphon lui transmettait ses visions pour exprimer ses volontés.

Elle sortit un parchemin de sa cape et me montra un dessin au fusain que je pris aussitôt en main. Il représentait un animal que je connaissais bien, même si on en voyait peu de nos jours : un aigle de Syrel. Les symboles sur son plumage étaient le signe de la protection de mon seigneur.

« C'est un familier, n'est-ce pas ? » demandai-je.

– Enfin tu démontres un soupçon d'intelligence. L'un d'entre eux a été capturé et emporté par les agents du Lion.

– Le Lion ? fis-je interloqué. Je pensais qu'il avait un accord avec le Gryphon pour ne pas empiéter sur son territoire.

– C'est bien le cas et Boréas est furieux ! Nous devons nous attendre à un violent blizzard pendant les prochains jours. Sa bonté nous laisse le temps de nous préparer mais l'épreuve sera rude.

– C'est une infraction grave… »

Je triturais la fourrure de mon menton en essayant de réfléchir. J'avais un peu de mal à envisager les pleines implications d'un tel affront. Les traités et promesses divines étaient souvent complexes et supposaient nombre de détails, rituels et protections. S'en prendre à un familier était un acte barbare et très agressif. Les animaux revêtaient la forme pure du dieu les ayant enfantés, les Astats, aptes à parler, en étant les plus sacrés. Cet acte était une déclaration de guerre du Lion.

« Que dois-je faire ? questionnai-je ma tutrice.

– Partir avant que le blizzard ne se lève et ramener le familier avant que la colère de Boréas n'emporte tout ce qui vit dans ces montagnes.

– Ils doivent avoir atteint la vallée depuis longtemps, m'inquiétai-je. Je… je n'ai jamais eu à quitter les montagnes et le Mont Sacré jusqu'à présent.

– Il va le falloir, Ikita. C'est ton devoir et ta responsabilité. »

Son ton était ferme, mais compréhensif. Elle se leva et posa une main sur mon épaule pour caresser ma fourrure affectueusement. Sans dire mot, je pris sa main dans la mienne et la frotta de mon museau avec amour. Elle était mon maître, mais aussi celle qui se rapprochait le plus d'une mère pour moi.

« Va, Ikita ! » m'intima-t-elle avec conviction.

Sous son regard, je me retournai et rentrai à ma cabane prendre quelques affaires de voyage. Emprunter le chemin de terre me parut plus long qu'à l'accoutumée, appréhendant l'idée du voyage qui m'attendait. Je croisai Kobe sur le chemin, marchant de manière nonchalante vers le village, l'air détendu.

« Je vois à ta tête que tu n'apportes pas de bonnes nouvelles, supposa-t-il d'un air penaud.

– Pas vraiment, confirmai-je. Je dois partir immédiatement.

– Pour longtemps ?

– Je ne sais pas… lui répondis-je en me grattant la tête nerveusement. Je dois quitter la montagne pour retrouver un familier qui a été kidnappé. Mais, je t'avouerais que je ne sais pas trop où chercher. Je n'ai jamais quitté le Mont Sacré.

– Attends… » Il réfléchit un instant, puis il frappa dans sa main. « Sara m'a parlé d'une caravane de sumérien qui a quitté la montagne hier. Je pensais que ses membres n'étaient de simples érudits, mais il me semble qu'elle a vu, alors qu'elle marchandait avec eux, un oiseau en cage avec, je cite, des symboles primitifs.

– Sara, la gestionnaire du comptoir ? Elle est partie hier soir après le repas.

– Elle a pris la suite de la caravane en fait, fit-il en levant son doigt. Elle m'a averti juste avant que tout ce beau monde se rendait à Bahjel, la capitale provinciale. Elle espérait user de ses nouveaux contacts pour installer une antenne là-bas.

– Bahjel… » Je résistai à l'envie de cracher à l'écoute de ce nom. « Père en parlait souvent. Il s'agit d'un nid malsain rempli d'êtres corrompus. Il n'y a rien d'autre que débauche et malheur là-bas.

– Y a de bonnes choses aussi, quoi qu'en disent les anciens.

– Permets moi d'en douter, fis-je en croisant les bras passablement agacés.

– D'ailleurs… » Il se rapprocha et chuchota près de mon oreille. « J'ai entendu dire qu'il y avait un établissement de serviteurs vulpins très recherché avec de beaux mâles affamés tout à fait… »

Je n'attendis pas la fin de sa phrase avant de reprendre subitement mon chemin en le bousculant sans ménagement. Je l'entendis exprimer derrière moi sa frustration au fur et à mesure que je m'éloignais pour ne plus entendre ses inepties. Je n'étais pas gêné outre mesure par le principe de profiter de l'amour éphémère et fugace d'un ou plusieurs hommes, mais Bahjel n'était vraiment pas un lieu enviable pour le peu que j'en savais. Il y avait certaines choses qu'il ne pouvait voir.

Je tournai la tête pour observer en direction de la vallée et de l'horizon clair, loin vers l'ouest. Je pouvais discerner les formes floues de la métropole derrière le vaste désert gris de roche et de basalte. Même si nous vivions à plusieurs dizaines de lieux, nous pouvions tous l'admirer ou la détester. Cependant, seuls mes yeux pouvaient voir l'aura maléfique qui se dégageait d'elle comme une putrescence sombre envahissant le ciel d'un vaste nuage néfaste et corrupteur.

Une fois arrivé chez moi, je commençai tout juste à préparer mon baluchon que je fus pris d'une profonde lassitude. Entre la nuit mouvementée de la veille et la nouvelle tâche qui m'avait été confié, je ne savais plus où donner de la tête avec une anxiété qui croissait à mesure que je réalisais mon soudain départ.

« J'aurais bien besoin d'une pause… » me dis-je à moi-même avec pour seule réponse le son du vent grandissant.

J'estimais que la caravane avait une journée d'avance sur moi. Je devrais user d'astuce pour les rattraper. J'avais une méthode en tête et elle serait suffisamment efficace pour me permette de prendre une heure afin me reposer l'esprit. Je devrais d'ailleurs utiliser mon énergie spirituelle et cela serait très exigeant tant pour mon corps que mon esprit.

Mon agitation était palpable, aussi j'y réfléchis un instant, ma queue agitée manquant de renverser plusieurs objets que j'avais négligemment posés. La situation me paraissait assez claire, mais je ne savais ce qu'en penserait ma tutrice si elle apprenait que je tirais au flan au lieu de sauver le village.

« Oh et puis zut. » jurai-je dans le vide.

Il n'y avait nul besoin de réfléchir. Dans cet état, je ne pouvais accomplir ma tâche et je connaissais le remède idéal à mon anxiété. Il ne me faudrait que quelques minutes de marche pour l'atteindre. Se trouvant dans les Terres Consacrées, les villageois s'en tiendrait éloigné et ils penseraient en toute légitimité que j'y méditerais pour que le Gryphon m'accordât chance et bienfait pendant mon entreprise.

Je filai en hâte et empruntai le chemin escarpé derrière la maison, menant au sommet. Après une dizaine de minutes, j'atteignis le petit sentier qui m'intéressait. En proie à la friche, il se séparait du chemin principal pour s'enfoncer dans une faille de la paroi. Cette dernière était tapissée de nombreuses inscriptions et talismans enchantés, limitant les entrées.

Je suivis le passage impatient d'arrivé au but. Une lumière bleutée produite par le lichen recouvrant les murs illuminait les lieux. Avant même d'être arrivé au bout, j'entendais déjà les clapotis de l'eau, ruisselant sur la roche. Finalement, une vaste salle se présenta à moi. Un minuscule trou dans le fond laissait s'écouler une eau claire et chaude, fumant à la fraicheur ambiante. Elle emplissait un bassin aménagé de quelques mètres de large et peu profond, laissant voir en son centre malgré la brume un rocher ressemblant vaguement à un animal, cerclé de cordes et de symboles.

Tel était mon objectif et sûrement l'un des secrets les plus ridicules de ma lignée. Qu'il fut sacré ou non, je n'étais pas le premier de ma famille à venir dans cette vulgaire source chaude décorée pour me relaxer avant une mission difficile. S'il avait une autre utilité, personne ne m'avait mis au courant.

J'enlevai mes fétiches et brassards, que je posais délicatement sur le bord du bassin. Ensuite, je retirai délicatement mon gilet. La chaleur et la vapeur rendait mon épaisse fourrure gris sombre moite et la courbure de mes muscles en devenaient ainsi plus visibles.

A force d'entrainement, l'enfant chétif que j'avais été était devenu un bel homme de dix-neuf ans à la carrure faisant pâlir d'envie nombre de mes frères de tribu. Je passais beaucoup de temps à entretenir ma fourrure, plus particulièrement celle de ma queue. Je m'assurais que les formes de mon torse soient suffisamment sculptées. Déjà à mes quatorze ans, j'attirais le regard des autres adolescents et la curiosité érotique était très courante entre nous. Séduire les autres mâles était un passe-temps très agréable et libérateur pour moi.

Je me laissai aller à mes vieux souvenirs et expériences sexuelles, me changeant les idées alors que je retirai mon short, révélant au secret des lieux un sexe réagissant déjà à un état d'esprit devenu plus que léger. Je le jetai un peu plus loin et fis un pas dans le bassin brûlant.

La chaleur enveloppa mes orteils et ma cheville alors que mes coussinets rugueux et mes griffes entraient en contact avec la roche lisse. Doucement, je m'allongeai dans l'eau, profitant de l'agréable sensation. Je m'étendis de tout mon long en m'adossant au rebord, les pattes écartés. Le plaisir de cette position, aidé par l'érotisme de mes pensées, me procurait une demi-érection dont les légères pulsations me satisfaisaient. Je fermai les yeux et me laissai aller à une douce volupté.

Après un temps, une voix interrompit soudainement le calme de la grotte.

« Forcément, je te trouve ici. »

J'ouvris une paupière et vit le visage de Kobe juste au-dessus de moi, sans que je l'eusse entendu arriver. Je lui avais appris quelques techniques de furtivité et avais été, semble-t-il, un bon professeur.

« Je suis si prévisible que ça ? lui demandai-je avec une pointe d'amusement.

– Tu es un livre ouvert pour moi, confirma-t-il. Tu viens toujours te détendre dans ce bassin quand ton devoir te rattrape avec violence.

– Dis donc, fis-je avec un sourire, comptes-tu me ramener à la réalité ou te joindre à moi ? »

Le regard de braise que je lui lançai exprimait largement les pensées qui traversaient mon esprit. Sous ses vêtements, j'imaginais sans peine son corps exquis d'apprenti chasseur, fin, musclé et désirable, pour l'avoir vu à de nombreuses reprises. Nous avions depuis longtemps dépassé le cap de la curiosité.

Il ne me répondit pas et se contenta de hausser les épaules avant de se déshabiller avec un sourire niais. Il retira avec lenteur son gilet de fourrure et sa tunique brune, caressant sa peau avec sensualité. Son pantalon fut ensuite retiré en toute hâte me permettant d'admirer son corps nu, presque imberbe. Même si nous étions habitués à nous voir ainsi, cela n'empêcha pas son pénis de s'ériger.

Mon propre sexe sortit entièrement de mon fourreau, prenant toute son ampleur. Du bout des doigts, je poussai la peau pour le libérer complètement, me procurant un léger frisson, que je prolongeai par un toucher fugace sur toute sa longueur. Je repris ensuite ma position et ferma à nouveau les yeux, m'abandonnant à nouveau au lieu.

Je sentis mon ami pénétrer le bassin et s'allonger près de moi. Ma queue gigottait et j'en profitais pour frotter ses jambes en feignant une innocence peu crédible. Je passai mes bras sous ma tête et attendis.

Il ne fallut pas longtemps pour qu'une main familière vienne caresser sous l'eau la fourrure de mon aine. Mon excitation retrouva son intensité et je pulsais juste par la douce sensation de ses attentions. Je ne bougeai point et la laissai faire.

Ses mouvements se firent de plus en plus ample et proche de mon sexe, jusqu'au moment où ses doigts effleurèrent mon membre. Il caressa la peau de toute la longueur pour finir en flattant mes bourses qu'il complimentait si souvent dans notre intimité. Ces derniers réagirent et se contractèrent alors que mon partenaire les prenait en main pour le masser avec délicatesse. Je laissai échapper un léger gémissement de plaisir.

« Je pensais que tu voudrais plus qu'un bain, chuchota-t-il près de mon oreille avec une voix sensuelle.

– Ce n'était pas dans mes plans, expliquai-je, mais je n'ai rien contre un peu plus de… détente.

– Il ne faudrait pas non plus que tu te fatigues trop avant le voyage qui t'attend, » fit-il en portant sa main sur la hampe d'un pénis qui n'attendait que son attention.

Je passai mon bras droit derrière sa nuque afin de rapprocher son visage du mien. Nos lèvres se touchèrent naturellement et je commençai à l'embrasser avec envie et une passion naissante. Au même moment, il empoigna mon membre félin avec délicatesse. Il me masturbait lentement en veillant à en parcourir l'entièreté, m'amenant à gémir à chaque va-et-vient. Ma langue entra en contact avec la sienne alors qu'il frottait mes ardillons du bout du doigt, provoquant par la légèreté de sa stimulation de petit soubresauts et frissons. Ma queue se tendit et il utilisa son autre main pour la caresser, lui qui connaissait tout particulièrement sa sensibilité.

J'étais aux anges et plus rien d'autre que nous n'existait dans ce minuscule univers. D'une main, je dessinais les courbes de son torse et de sa poitrine, soulignant ses pectoraux et insistant sur ses mamelons saillants. L'absence de fourrure avait le bon côté de me donner toute la sensation de sa peau et de ses formes.

Plus le temps filait et plus nous nous faisions aventureux. Un plaisir simple envahissait mon être. Lui-même finit par gémir lorsque j'atteins sa propre turgescence pour la caresser avec envie. Ses testicules lisses étaient agréables au toucher et jouer avec eux était pour moi un plaisir coupable. Mon museau et ma langue parcouraient son cou tout en mordillant de temps à autre. Tout mon être était envahi d'une puissante pression érotique alors que j'entrepris de le masturber à son tour.

Nos corps se rapprochèrent progressivement pour se coller l'un l'autre pendant que nous nous câlinions avec passion. Nos actions sur ces sexes avides continuèrent et nous les plaçâmes face à face tout en augmentant notre vigueur. Je sentais que je n'allais plus forcément tenir longtemps, le plaisir s'accentuant, devenant puissant, presque insoutenable. Lui-même était proche du point de non-retour, les bouts en contact de nos membres suscitant à nos corps un frissonnement électrique.

Ma respiration était forte alors que je plongeai ma tête dans le creux de son cou tâchant de résister toujours un peu plus afin de ne pas perdre cet instant d'extase et le faire durer éternellement. J'échouai cependant lorsque qu'avec puissance et vivacité, il empoigna la base de ma queue pour la serrer provoquant une puissante impulsion qui me fit passer le cap presque en hurlant.

Je sentis mes bourses se contracter subitement. Je tentai une vaine résistance alors que survint une pause culminant avant un orgasme inéluctable. Mon fluide se déversa dans le bassin à chaque pulsation de mon sexe en de long filament se mêlant à ceux de mon ami. Lui-même jouissaient, fusionnant ensemble dans l'exaltation de l'instant.

Nos gémissements et nos râles continuèrent jusqu'à ce que le flot se tarisse nous laissant dans un doux et lancinant palier de bien-être. Nous restâmes ainsi plusieurs minutes avant de nous étreindre une nouvelle fois, pressant avec satisfaction nos entrejambes, nous drapant dans les rémanences de notre luxure.

« Je pense qu'il faut que tu y ailles maintenant, chat pervers, me susurra-t-il en me libérant peu après.

– Laisse-moi juste un instant… lui suppliai-je puérilement. Juste quelques secondes.

– Le Gardien si courageux de notre tribu laisserait-il sa faiblesse s'exprimer ? »

Il souriait chaleureusement. L'espace d'un instant, j'avais l'impression d'être revenu quelques années en arrière alors que nous étions encore des adolescents insouciants.

« Le Gardien a aussi parfois besoin d'être juste un homme normal, » répondis-je avec une pointe de mélancolie.

Nous échangeâmes plus longuement avec légèreté autant par les mots que par de nouvelles caresses érotiques sans autre prétention que notre bonheur. Ses instants étaient devenus rares depuis que j'avais pleinement endossé ma position de serviteur divin. Ce mignon ahuri était la seule véritable ancre que j'avais dans ce monde d'horreur et de danger. Un trésor que je chérissais.

Pressés par le temps, nous nous rhabillâmes et quittâmes la grotte. Au bout du chemin, revenus près de mon logis, fut le moment de notre séparation. Après avoir partagé un dernier encouragement, il reprit la direction du village sous le regard réprobateur d'un faucon perché sur un arbre.

Ces oiseaux étaient les yeux de Boreas sur tout son domaine. Pour ce que je pouvais en savoir, il n'avait jamais approuvé que j'autorise ainsi un vulgaire humain à arpenter ses terres. Si le sens de nos activités lui était totalement étranger, sa seule présence était sans doute pour lui un sacrilège, mais décider des allers et venues dans les Terres Consacrées étaient ma seule prérogative grâce au pacte qui nous liait.

Sans délai, je rentrai chez moi avec hâte et pris mon sac de voyage que je remplis avec tout ce qui me serait nécessaire. J'enveloppai mes pieds félins de lanières dans le cas où je doive marcher longtemps sur les Plaines Sombres. Je méditai ensuite une dernière fois avant de sortir.

Le soleil avait déjà dépassé son zénith. Je sentais le vent monter en puissance sur tout le Mont Sacré. La colère de Boréas s'annonçait déjà, mais, même si cela précédait plusieurs jours ou semaines de difficultés pour ma tribu, cela m'aiderait dans ma tâche. Les courants ascendants étaient bien assez puissants pour accélérer mon trajet.

J'empoignai mon Vecteur d'Âme de la main droite et commença mon incantation.

Ô grand esprit des airs et du ciel ! Puissant Aigle de Deross, seigneur des Falaises de Drenor. Donne-moi les ailes qui me permettront d'honorer ma tâche au nom de notre seigneur. Entends mon souhait et octroie-moi le pouvoir de voguer sur les vents.

Mon cristal l'illumina d'un éclat intense. La puissance de l'esprit que j'invoquai envahissait mon être, mes muscles et mes os. Je fus pris de nausées et d'une douleur intense aux omoplates qui m'obligèrent à m'agenouiller. Mon squelette craquait à mesure que poussait à une vitesse prodigieuse les ailes que l'esprit m'octroyait par le pacte de sang qui nous liait.

Je sentis une partie de sa conscience se mêler à la mienne à mesure que mes nouveaux membres prenaient forme et que des plumes sombres, semblables à ma fourrure, poussaient sur les appendices naissants. En une dizaine de secondes, les ailes finirent de se développer et la douleur disparut.

La portion de l'âme de l'entité qui s'était mélangée à la mienne me permettait de contrôler ses attributs comme si je les avais toujours portés. L'envergure des ailes faisaient dans les quatre mètres et je sentais la magie du Pacte rendre mon corps aussi léger qu'un oiseau. Je les déployai avec adresse et, d'un mouvement fluide, pris mon élan pour me lancer dans les airs d'un simple battement.

Je vis le village sous un jour peu commun, entendant à peine les cris d'émerveillement de mes comparses en contrebas. C'était là le plus puissant pouvoir que je possédais, si ce n'est le seul que j'arrivais plus ou moins à maîtriser. Un pouvoir non consenti. Telle était la magie des Pactes, mon privilège de Gardien : m'incarner, tout ou partie, dans la forme des esprits qui mêlaient leur sang au mien.

Fort des puissantes ailes de l'aigle, j'empruntai un courant ascendant jusqu'à être si haut que je dominais toute la montagne et la région, bien au-dessus du sommet brumeux. D'une impulsion, je m'éjectai de la colonne venteuse pour filer en direction de l'immense brouillard vicié de Bahjel, ma seule piste pour retrouver le familier de Boreas.

Ma peur avait disparu et avait laissé place au frisson de la découverte et de l'aventure que je m'apprêtais à vivre.

J'étais les serres du Gryphon et le Lion n'avait qu'à bien se tenir.