Mon Initiation a la Voie du Loup
"Matthew, un Natif citadin de Qatan, voyage jusqu'à la terre de ses ancêtres après qu'un ami d'enfance lui ai envoyé une lettre dans le but d'accomplir l'initiation de sa tribu. Seulement, après son arrivée, quelque chose ne va pas."
J'ai écrit cette histoire de loup-garou pour le fun dans un contexte moins classique. Pour l'instant, il ne s'agit que d'un one-shot, mais je l'ai construit pour être un prélude à une suite si vous lecteurs êtes suffisament intéressé. Je me suis amusé à écrire ce texte et j'ai appris plusieurs choses au passage.
Une version anglaise traduite grâce à DeepL est disponible. / An English version translated thanks to DeeL is available with the title. "My Initiation to the Wolf Way" in the ENG folder.
Mon nom est Matthew. Je ne suis pas un grand homme, ni même quelqu'un d'important. Je suis un simple Natif de Qatan comme tant d'autre, bien que je n'y sois pas né.
Mes parents avaient quitté nos terres quand ils étaient encore jeunes afin de m'offrir une vie différente de leurs frères et soeurs. Contrairement à eux, je suis allé dans une école moderne. J'ai lu des livres, vu des films, profité de la vie d'étudiant. J'ai travaillé en tant que bibliothécaire et ai fondé une famille loin de la tradition.
Cependant, en ce jour où je commence à me faire vieux, je souhaite laisser une trace de ce que j'ai vécu à ma descendance, pour que nous n'oublions pas d'où nous venons. Je souhaite qu'il reste quelque chose de ce que nous fûmes et de l'héritage que porte notre sang. Ainsi, je vais vous raconter mon histoire aussi fidèlement que je m'en souviens.
Je vais commencer par le jour où, lorsque j'étais encore à peine un adulte, ma vie de citadin se transforma pour ne jamais plus redevenir ce qu'elle était. Je m'en souviens encore avec une clarté limpide.
**********
Le paysage défilait à grande vitesse. Mes yeux n'avaient pas le temps de se fixer sur un arbre ou une petite colline qu'ils avaient déjà filé loin de mon champ de vision. Le ciel était d'un bleu parfait, tout juste clairsemé de quelques nuages épars. Le soleil encore bas sur l'horizon dessinait des ombres majestueuses sur la plaine verdoyante et ses fermes. Le train, se mouvant dans un silence presque parfait, traversait les comtés de Havre-ouest en plein dans l'arrière-pays de Qatan, la terre de mes ancêtres.
Je venais de Beaufort, préfecture de la province d'Adurie où je venais de finir mes études. J'avais reçu une lettre d'Ikita, un ami d'enfance, me signifiant que j'avais atteint l'âge de l'initiation à nos coutumes et qu'il fallait que je voyage jusqu'à notre cairn pour l'accomplir.
Mes parents ne m'avaient pas parlé de cela. J'ignorais beaucoup de choses de la culture de ma tribu. Ikita venait souvent à la maison en été quand nous étions enfant. Nous étions inséparables, partant explorer le bosquet derrière chez moi. Nous chassions les esprits malins autour de la tanière que nous avions construite. Nous avions tant partagé autant par notre imagination et nos activités que par notre curiosité de l'autre et des choses de la vie. Mais, vers nos quinze ans, il cessa de venir et n'avait plus répondu à mes lettres.
Après toutes ces années, j'avais arrêté de l'attendre. J'ai ainsi été surpris de recevoir ce message. Cependant j'en étais heureux, au point de prendre le premier train disponible et d'avoir ensuite tout juste le temps de prévenir ma famille de mon départ.
Je buvais encore mon thé noir lorsque le train arriva en gare. Elle était construite avec des rondins de bois et sa façade semblait assez simple. Je n'étais encore jamais venu, mais ce n'était guère différent de ce que je m'attendais à voir pour une terre aussi peu civilisée.
Je pris mon sac à dos et finis ma tasse en vitesse avant de sortir de ma cabine non sans une certaine appréhension. Je me demandais à quel point Ikita avait changé. Il n'y avait personne dans les coursives. Je devais être le seul à venir jusqu'ici. Sans attendre, je descendis sur le quai.
L'air frais me mordit le visage. Je m'emmitouflais dans mon gilet à capuche pour récupérer un peu de chaleur et j'observai autour de moi. Je vis un peu plus loin, un individu de mon âge. Il portait de magnifiques cheveux mi-long noirs flottant dans la brise matinale. Ses yeux en amande d'un marron profond pétillaient alors qu'il me fixait avec un large sourire. Il portait une simple chemise à carreaux rouge et noir assez épaisse, un jean bleu a l'air usé et des rangers abimés. Il ne me fallut pas plus d'une seconde pour le reconnaître.
« Ikita ! » criai-je avec bonheur en faisant un grand signe de la main.
A peine l'avais-je interpelé qu'il courrait déjà vers moi. J'ouvris mes bras et l'accueillit par un franche embrassade. Il me serra fort contre lui et semblait lui aussi très heureux de me voir.
« Matthew, ça fait si longtemps, dit-il d'une voix empreinte d'émotion.
— Six ans hein ? » Je répondis avec affection mais aussi une certaine tristesse. « Pourquoi as-tu arrêté de correspondre avec moi ? Je n'ai jamais reçu de réponse à mes lettres.
— Ce n'est pas que je ne voulais pas. » Il se redressa et sécha la larme qui s'écoulait sur sa joue. « On m'avait interdit de le faire.
— Je ne comprends pas. »
Il avait l'air visiblement embarrassé par mon air interrogateur. Je commençais à me demander si ce n'était pas lié au départ de mes parents de la tribu. Je me souvenais de certains moments de gêne dans notre enfance où Ikita contournait mes questions. Il y avait aussi ces fois où je demandais à mes parents comment était la tribu, mais ils avaient toujours refusé de répondre à mes sollicitations. Je n'avais jamais remis ce comportement en cause. En tout cas, jusqu'à récemment.
Ikita passa machinalement sa main dans ses cheveux en détournant le regard. « Disons que les anciens ne voulaient pas que tu saches certaines choses, m'informa-t-il avec tristesse. Quand j'ai passé mon initiation, il a été décidé que je devais couper les ponts avec toi. Je n'ai jamais voulu cela, mais je n'avais pas le choix.
— Qu'est-ce qui a changé ?
— J'ai… gagné du galon on va dire. »
Il me fit signe de le suivre et nous partîmes vers l'entrée de la gare. Je ne voyais aucune lumière ni quoique ce soit d'électrique dans le hall. J'avais l'impression d'être retourné à l'âge de pierre. Il n'y avait âme qui vive derrière le comptoir. A bien y regarder, les lieux n'avaient pas l'air très employé.
Nous passâmes la porte d'entrée et j'aperçus un pickup près duquel trainait quelques personnes qui semblaient être des chasseurs. Leurs fusils étaient placés bien en évidence et ils regardaient dans notre direction des bières à la main. Le plus âgé souriait en me fixant laissant voir une dentition des plus négligés. Il leva sa bouteille et me fit signe. Il y avait quelque chose que je n'aimais pas dans son regard.
« Ne fais pas attention à eux, me suggéra mon meilleur ami. Ce sont des abrutis.
— Ils ont l'air de nous avoir attendu.
— Parce que c'est le cas… »
Nous continuâmes à longer la route vers la forêt de conifères, nous éloignant ainsi du groupe qui ne nous lâchait pas du regard. Je me sentais vraiment mal à l'aise, voire menacé. J'attendis de ne plus les avoir en vue pour demander à Ikita : « C'est qui eux exactement ? » Il soupira avant de me répondre.
« Des membres de la famille Murphy. Ils ne nous… aiment pas vraiment.
— Et vous… on a fait quoi pour ça ? me repris-je
— Nous existons. C'est déjà bien suffisant. » Il se retourna pour découvrir un visage tout ce qu'il y a de plus sceptique. « Tu comprendras bientôt. »
Nous marchâmes une bonne heure pour arriver dans une vaste clairière. Un petit hameau qui m'était familier s'y trouvait. Je me souvenais des photos d'un vieil album de mes parents et je reconnaissais la grande statue du renne devant laquelle nous passions. C'était ici que vivait ma tribu. J'interrompis ma marche pour me rapprocher de la sculpture. Les détails de sa fourrure et de ses bois me surprenaient. Je pris une pause pour l'admirer tellement j'étais fasciné.
« Que symbolise exactement cet animal ici ? demandai-je.
— Il s'agit du gardien de la forêt. Il nous protège des mauvais esprits. Nous lui rendons souvent hommage.
— Je vois. J'avais oublié que la région était pleine de supersti… »
Je fermai immédiatement ma bouche, horrifié, réalisant que j'allais dire quelque chose de très irrespectueux. Ikita ne dit rien et ne répondit que par un sourire énigmatique avant de reprendre sa route en silence, bras derrière la tête. Extrêmement gêné, je le suivis d'un pas rapide.
Il y avait beaucoup de vie ici. De jeunes enfants courraient sur la route terreuse et n'hésitaient pas à se rouler au sol en se battant, mais tout riant à plein poumons. Des hommes et des femmes vaquaient à leur quotidien devant leur maison, nettoyant, cuisinant et discutant. Tous saluaient mon ami à son passage. Je sentais vraiment le respect dans leur voix. Cependant, je remarquai assez rapidement qu'ils m'évitaient du regard et ignoraient mes propres salutations.
« Quel accueil… me plaignis-je.
— Ne t'inquiètes pas de ça. »
Quelque chose n'allait clairement pas et son attitude nonchalante était étrange. Entre le comportement des chasseurs et celui des membres de la tribu, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'Ikita me cachait quelque chose d'important. Il se tramait quelque chose et mon arrivée n'était pas du goût de tout le monde.
« Ikita, je…
— On va chez moi, m'interrompit-il. On n'a pas vraiment le temps de visiter. Ton initiation doit commencer aujourd'hui même sinon il sera trop tard.
— Quoi ? J'aimerais au moins me poser. Je viens de faire vingt heures de train et…
— Matt, on n'a vraiment pas le temps. »
Il me fixait avec un regard usé et fatigué. Lui qui était d'un tempérament enjoué dans mes souvenirs n'avait plus l'air d'un adolescent en cet instant. Je me retins de répondre et décidai de lui faire confiance.
Nous traversâmes le village sous les regards de ses habitants pour nous rendre dans une cahute dissimulée dans les branchages à la limite de la clairière. Si les habitations que j'avais vu il y a instant étaient plutôt récentes et bien construites, ce que j'avais sous les yeux était bien plus ancien. Le bois était sombre et accusait le poids des années. Quelques caisses étaient posées à l'extérieur ainsi que pas mal d'outils divers.
« On est arrivé ! »
Ikita ouvrit la porte et m'invita à entrer. Je découvris une unique pièce en bazar avec tout et n'importe quoi sur le sol. Le lit était défait et recouvert de différents vêtements simplement jetés dessus. Pour être honnête, le reste de la pièce n'était guère différent de ma chambre étudiante en termes de propreté. Dans un coin se trouvait un atelier sur lequel de nombreux colifichets en bois fait main étaient posés. Surprenamment, une bonne odeur de sciure envahissait la pièce masquant à peine celle de mon ami d'enfance.
Il s'assit sur le lit avec décontraction. Il était toujours aussi beau qu'à l'époque, voire encore plus.
« Tu peux poser tes affaires ici, m'indiqua-t-il. Je te préparerai de quoi dormir ce soir quand on aura terminé.
— Tu vis dans un lieu… intéressant, fis-je en jetant mon sac sur le lit.
— Depuis que papa est mort, c'est moi qui dois m'occuper de la maison et de ses responsabilités.
— Tu dois être quelqu'un d'important maintenant vu comment les membres de la tribu te parlaient. »
Il écarta les bras et les jambes pour ensuite se laisser tomber mollement sur le matelas.
« Ouais, c'est le cas de le dire. C'est moi le shaman de la tribu depuis qu'il n'est plus là.
— C'est… génial, je suppose ? » Je réfléchis quelques secondes. « C'est à toi que je dois d'avoir le droit être ici alors. Il est clair que cette… initiation dont tu m'as parlé m'était interdite avant.
— Vrai. Mais ce n'est plus le cas ! Et le temps presse. » Il se leva d'une impulsion et se dirigea vers un coffre près de l'atelier. « Il faut qu'on finisse de se préparer pour le rituel. »
Il en sorti plusieurs éléments : des bougies, des pierres runiques, un grand bocal de poudre de couleur charbon et, entre autres choses, une peau de loup. Il déposa cette dernière précautionneusement sur la table avant de soudainement commencer à se déshabiller.
« Mais qu'est-ce que ?! » Je me couvris rapidement les yeux rougissant comme une pivoine alors que l'intimité d'Ikita se découvrait à ma vue. Il s'interrompit et prit un air exaspéré.
« Ça va ! Ce n'est pas la première fois ! Et dépêche-toi de faire pareil. On ne communie pas avec les esprits naturels avec des vêtements industriels. Au naturel, je te dis ! »
Il avait l'air tout ce qu'il y a de plus sérieux. Sans attendre de réponse de ma part, il finit de retirer la moindre parcelle de tissu de son corps. J'étais subjugué par l'évolution de ce dernier en quelques années. Il était mince mais avec la musculature robuste d'un trappeur. Ses cuisses et son fessier étaient agréablement développés, forgés sans doute par la marche et la course dans les forêts et montagnes de la région. Son torse imberbe était magnifique, ni trop formé ni trop peu. Et bien sûr, je ne parle pas de sa virilité, dont il prenait manifestement soin. Je ne pouvais détourner le regard et il remarqua assez vite ma passivité.
« Bon alors ? m'interrogea-t-il. On n'a pas toute la journée. »
Rougissant encore plus, je m'exécutai. D'abord difficilement, je retirai mon gilet suivi de mon tee-shirt. Il m'observait tout du long, ce qui ne m'aidait en aucun manière. Mais, je continuai jusqu'à ne plus avoir que mon caleçon. Mon hésitation et, bien sûr, mon érection étaient visibles. Ikita pouffa de rire et secoua la tête, un brin amusé.
« Cool Matt. Ce n'est pas la première fois que je te vois dans cet état, tu sais ?
— Si au moins tu me disais réellement pourquoi on doit être comme ça… lui rétorquai-je avec gêne.
— Tu comprendras lors du rituel. Fais-moi confiance… s'il te plaît ? »
Son regard était presque une supplique. Il était trop mignon pour que je résiste plus. Je retirai ce qu'il restait de ma dignité et jetai mes vêtements sur le lit.
« Et maintenant ? lui demandai-je, résigné.
— Maintenant, aide-moi à transporter toutes ces affaires dans la cour derrière la maison. Et avant que tu me demandes, non, personne ne nous verra.
Au moins, je fus rassuré du minimum de discrétion de la situation.
Nous sortîmes avec les différents objets dont Ikita avait besoin pour le rituel et nous dirigeâmes vers le terrain derrière la cahute. Je pouvais clairement voir qu'il était régulièrement utilisé pour des rassemblements. La terre était foulée de nombreuses empreintes autour d'un vaste espace comportant des pierres placées de manière à dessiner des glyphes tribaux. Les restes d'un brasier éteint trônaient au centre de ces symboles et je pouvais sentir en émaner différentes odeurs de plantes aromatiques et d'autres que je savais plus distrayantes.
« Suis bien mes instructions, Matthew. »
Ikita m'indiqua patiemment et avec précision quoi placer et où. Les bougies furent disposées régulièrement tout autour des glyphes en des points où les lignes se croisaient. Chacune d'entre elles était ensuite recouverte de cette poudre noire qui devait sans doute être du sorbier, si mes cours de botanique m'avaient bien appris. Alors que je finissais, il alluma le feu et s'assit à proximité pour placer différentes runes devant lui. Alors qu'il endossait la peau, je réalisais sa position et son expertise.
« Viens et assis toi devant moi.
— Que dois-je faire maintenant ? fis-je en m'exécutant.
— Rien du tout, je vais commencer à entonner les chants. La seule chose que tu devras faire c'est de te concentrer sur les images qui te viendront et te laisser aller. »
Il me regardait avec affection et amusement alors que je repliais mes bras sur mon corps nu, frigorifié. J'acquiesçai d'un signe de la tête. Sans attendre, il ferma les yeux et se lança. Je m'attendais à l'origine à ce que nos rituels suivent les stéréotypes des livres et séries télévisées, avec les tambours, les danses et tout ce qui va avec. Ici, Ikita n'était accompagné d'aucun instrument. Il n'y avait que le son magnifique de sa voix.
Au début, rien ne se passait en dehors des quelques gestes gracieux de ses bras, mais, sans arrêter son chant tribal, il déposa sa main sur la mienne sans l'attraper fermement. Il reposa simplement sa paume contre la mienne. Je répondais à ses mouvements par instinct sans même qu'il ait eu besoin d'expliquer quoi que ce soit.
Je fermis alors les yeux et tout s'effaça autour de moi. J'étais toujours dans la forêt, mais loin de la civilisation. La Lune resplendissait dans un ciel sans étoile. Le vent faisait chanter les feuillages accompagnant les sons des insectes et petits animaux. Juste en face de moi, un loup parfaitement blanc était assis et me fixait avec des yeux emplis de mystère. Son regard était familier et me donnait un sentiment de sécurité. Il se leva et s'approcha de moi doucement. Je tendis la main vers lui et il y déposa sa truffe pour me lécher gentiment.
« Qui es-tu ? » demandai-je, mais je ne reçus aucune réponse.
Soudainement la forêt disparut et il ne restait alors que la Lune qui envahissait le ciel. Le sol devint une mare sanglante et chaude s'étendant jusqu'à l'horizon. Une sorte de pluie commença, mais de la manière la plus étrange qui soit. Les gouttes partaient du liquide rouge pour remonter doucement vers le ciel.
Ce sang est le tien.
Je perçus cette voix du plus profond de moi.
Cette Lune est ta déesse.
Son reflet m'envahit et me subjugua.
Mon image est le miroir de ton âme.
C'était le loup qui me parlait. Non, c'était moi.
Endosse ton héritage, Matthew du Clan du Loup.
D'un seul coup, une violente douleur me ramena au monde réel. Ikita chantait toujours mais avec plus de puissance. Les mots, que je comprenais à peine, résonnaient dans mon esprit comme le son d'un immense beffroi alors que mon corps me faisait souffrir le martyr. Je n'avais jamais rien connu de tel.
Je me levai mais trébuchai aussitôt. Je me sentais me contorsionner alors que je changeais. Mes membres s'affinaient et s'allongeaient. Mes entrailles se réorganisaient en des bruits de succion qui auraient pu me donner la nausée si je n'avais pas si mal. Je voulus hurler de douleur mais rien d'autre qu'un gargouillement sorti de ma bouche. Mon sang bouillonnait de l'intérieur. Les couleurs pâlirent et le feu perdit sa rougeur
Mon esprit se résigna à ce que je subissais et je cessai de me débattre. La souffrance devint lointaine comme si je regardai celle de quelqu'un d'autre. Ma bouche et mon nez de développèrent de même que mes dents pour se transformer en une mâchoire puissante dotée d'une truffe et de crocs. Le froid mordant disparut alors qu'une fourrure blanche poussait sur toute ma peau. Une étrange sensation m'envahit quand je sentis une queue sortir de ma colonne vertébrale et se déployer.
Je restais allongé plusieurs minutes, immobile, jusqu'à ce qu'Ikita termine. Il se leva et s'approcha de moi pour caresser tendrement le pelage de ma poitrine.
« C'est fini. Tu es enfin des nôtres maintenant. »
Je voulu répondre mais un simple gémissement canin plaintif sortit de ma gorge.
« Ne t'inquiète pas, me rassura-t-il avec un sourire compatissant. La première fois est toujours un peu difficile, mais tu finiras par ne plus rien sentir avec quelques essais. »
Je me redressai légèrement. Mon corps n'était plus celui d'un humain, mais était devenu celui du loup dont j'ai eu la vision. Les couleurs avaient changé et les formes lointaines étaient maintenant flous. Ce qui me frappa le plus étaient cependant mes autres sens. Mon ouïe était largement plus fine me permettant de percevoir les clapotis du torrent parcourant le hameau. Mais mon odorat quant à lui… C'était un autre monde.
La première odeur que je perçus était celle du sorbier et du feu brûlant les bûches de sapin. Par les autres, je savais que, la veille, de la viande de gibier avaient été cuite ici. J'étais même capable de dire le nombre, le sexe et l'âge de toutes les personnes qui étaient là. Ensuite, je réalisai que les lieux était empreinte de l'odeur douce et sucrée d'Ikita. Elle m'enivrait par sa subtilité et sa complexité. Elle évoquait en moi des sensations que j'avais peine à assumer avant.
Je voulus parler encore et poussa à la place quelques jappements amicaux et affectueux.
« Attends une minute, Matthew, me soupira-t-il. »
Il recula et déposa sa peau délicatement sur le sol. S'ensuit une vision d'horreur dans laquelle Akita se métamorphosa à ma manière. Je vis lentement chaque partie de son corps se transformer en celui d'un loup adulte. Sa fourrure était celle d'un loup des plaines et ses oreilles étaient sombre alors que son ventre et sa queue était clair comme mon propre pelage. Il restait plus petit que moi, comme dans notre forme originelle.
« Nous pouvons parler maintenant, entendis-je dans mon esprit.
— Tu m'entends vraiment ?
— Oui. Nous ne pouvons parler verbalement mais les esprits du loup nous offrent la bénédiction de pouvoir nous exprimer par notre seule âme. »
Il s'approcha de moi d'un pas naturel et assuré. Il frotta d'abord sa tête puis son torse contre le mien dans un geste dont je percevais le sens. Après que sa queue touffue glissa sur mon visage, il se dirigea vers les abords de la forêt.
« Suis-moi et découvre ce nouveau monde qui s'offre à toi. »
Je ne répondis point et m'élança à sa suite parmi les arbres et les buissons.
Nous courûmes de longues heures durant dans la nature sauvage. Nous sautions avec agilité, humions les plantes et chassions les petits animaux. Je goutai le sang de ma proie sans me sentir gêner ou dégoûter comme le serait l'humain que j'étais. Je me sentais dans mon élément naturel. Selon les histoires qui fascinaient dans mon enfance, le mot pour définit ce que j'étais devenu était évident.
« Nous sommes des loups-garous, n'est-ce pas ? interrogeai-je Ikita.
— Pas exactement, fit-il en s'arrêtant. Nous portons simplement le sang de l'Esprit du Loup dans nos veines.
— Ce n'est pas vraiment différent…
— Nous ne sommes pas des monstres de contes pour enfant ! expliqua-t-il en riant. Nous sommes les garants de cette contrée comme le fut l'Esprit qui nous a enfanté.
— J'aurais dit que ce sont de vulgaires croyances ce matin, mais il est clair que j'avais tort… »
Mes oreilles se baissèrent en même temps que je me sentis coupable de mes préjugés. Ikita s'avança et plaça son visage à quelques centimètres du mien, nos truffes pratiquement en contact. Je sentis une bouffée d'émotion en moi alors qu'il lécha lentement le côté de mon museau. Je sentis quelque chose d'encore plus nouveau dans son odeur. Quelque chose qui réveillait en moi un désir ardent que j'éprouvais secrètement quand nous étions encore des enfants.
« Viens avec moi, Matthew… » me murmura-t-il d'une voix profonde.
Nous continuâmes quelques dizaines de mètre et parvenions au sommet d'une falaise. La vue sur la vallée était aussi belle que le tableau d'un grand peintre. Le soir commençait à venir et la Lune, si divine, dépassait l'horizon. Les montagnes enneigées brillaient grâce aux derniers rayons de soleil qui filtrait au-dessus de la brume. C'était idyllique.
Ikita était assis près de moi observant l'horizon. Même loup, il était toujours aussi beau. La ligne gracieuse de son corps. L'harmonie des couleurs de sa fourrure. La forme de ses yeux restée inchangée. Tout en lui m'évoquait l'humain que j'ai toujours aimé. Même dans des corps différents, nous étions toujours nous-mêmes.
« Tu es plus resplendissant que ce tableau grandiose, mon ami. »
J'avais exprimé ma pensée sans crainte. Il tourna la tête vers moi et souris d'une manière lupine mais tout en restant la sienne.
« La franchise du loup est une chose agréable, n'est-ce pas ? me dit-il d'une voix douce.
— Je t'aime Ikita… Cela fait tellement longtemps que je souhaitais te le dire. Si tu étais revenu l'été suivant, j'aurais pu te l'avouer plus tôt. »
Une forme de tristesse commença à m'envahir mais elle ne dura qu'un instant, car il se rapprocha de moi pour me lécher une nouvelle fois.
« Je l'ai toujours su. » Il recommença d'une manière plus intime encore. « Rattrapons le temps perdu, tu veux bien ? »
Je rendis son attention avec la même affection et en profita pour humer profondément sa fourrure. Je sentais son amour et son excitation. La subtilité de cette senteur était présente aussi avant quand j'étais sorti du train. Elle était même là quand nous étions enfant. Même si j'étais encore humain en ce temps, je me souvenais de ce que mon sang, et non mes sens, avait perçu.
Nous nous allongeâmes côte à côte et continuâmes à nous toiletter un long moment. Naturellement, mon museau se dirigeait vers son ventre et je finis par constater que sa virilité se préparait déjà à ce que nos cœurs recherchaient. Mes coups de langue se rapprochaient de ce bout de fourrure enflé dans lequel un sexe avide se développait avec la proximité de ma truffe. Une fois à son niveau, je donnai un coup de langue lent et ferme sur le bout qui dépassait légèrement. Je goutai le liquide à la saveur étrange qui perlait de ce dernier. Une pulsation de son membre en projeta plus dans ma gueule sans que je ressente d'aversion particulière. J'étais au contraire plus excité encore.
Je me rendis compte que ma propre intimité était dans le même état que la sienne lorsque sa propre langue l'atteignit. Un frisson de plaisir m'envahit en même temps que des sensations nouvelles se révélaient. J'avais de l'expérience en humain, mais en tant que loup, je redécouvrais tout.
Je continuais mon action en couvrant la totalité du fourreau jusqu'à ses bourses sombres. Je sentais les formes de ses nœuds naissant. Son corps réagissait et se contractait légèrement à chaque contact. Je n'étais pas non plus en reste et sentais mon liquide canin jaillir par petit jet successif alors que je percevais la chaleur de son museau autour de mon sexe, ma peau retroussée par ses lèvres.
Je ne pus m'empêcher de laisser échapper un gémissement de plaisir, sentiment amplifié par des années à avoir rêver de cet instant. Mes nœuds grossirent dans sa gueule et il poussa au maximum. Mes hanches voulaient bouger alors que j'éjaculais sans discontinuer. Je pulsais encore et encore m'arrachant un plaisir intense à chaque contraction de mon sexe. Ma fourrure était maculée de mon propre sperme qui s'écoulait de ses babines. J'arrêtai ma besogne pour m'étendre et me laisser envahir de cet orgasme ne voulait s'arrêter.
« Ce n'est pas la même chose que quand on était jeunes adolescents, n'est-ce pas ? me dit-il malicieusement en retirant sa tête de mon entrejambe.
— Clairement pas, non… »
Le plaisir m'avait assommé et je n'arrivais plus à trouver la volonté de bouger. Je restais les pattes en l'air et écartés pendant que mon membre déposait continuellement ma semence sur mon ventre à chaque soubresaut.
« J'aurais voulu faire plus avec toi, soupirai-je déçu de moi-même.
— Ne t'inquiètes pas. Un loup ne marche pas comme un humain. Ce plaisir que tu ressens ne vas pas s'arrêter tout de suite et je peux encore en profiter… » Il souriait. « Dégage ta queue, Matthew, et profite toi aussi. »
Je compris immédiatement ce qu'il voulait dire et découvrit le passage derrière mes bourses. J'étais encore saoul de mon orgasme permanent et je n'avais nul besoin de me détendre plus. Ikita se plaça au-dessus de moi m'encadrant avec ses pattes. Il plongea son regard lupin dans le mien et je ne voyais aucun loup, juste mon ami et amour d'enfance. Il s'abaissa plaçant son bassin et son sexe derrière les miens. Je le sentis tâter du bout de son pénis pour trouver l'entrée. Le jus de son excitation aspergeait mon anus.
« Vas-y Ikita ! »
Nul besoin de dire plus qu'il commença tout de suite à me pénétrer. Cette nouvelle sensation était divine même si assez douloureuse. Mais je m'en fichais, nous n'étions enfin plus qu'un. Il s'enfonça entièrement et reposa son torse sur le mien. Nos museaux se frottèrent avec passion, me léchant, reniflant, mordillant. Ma truffe était envahie des senteurs de nos sentiments et de notre luxure.
Il commença à me donner des coups de bassin et, en même temps, la fourrure de son ventre glissait furieusement sur mon sexe. Mon orgasme se multiplia en intensité. Nous gémissions tout deux et haletions comme si nous courrions un marathon. Ses bourses effleuraient le dessous de ma queue et je sentais mes parties comprimées sous son poids. Je sentais une résistance et une pression en moi alors que je savais ses nœuds grossir et nous lier ensemble. J'imaginais parfaitement ce plaisir identique au mien qu'il ressentait en cet instant.
Cette volupté dura quelques minutes jusqu'à ce qu'il s'immobilise et s'étale complètement sur moi. Son sperme se déversait en moi comme je maculais nos fourrures en cet instant. Je sentais les pulsations de nos sexes entiers.
« Je t'aime tellement Matthew… »
J'étais en transe et ne pouvais répondre ou vraiment réagir. Je me contentais de l'enlacer entre mes pattes et de rester ainsi allonger dans l'herbe avec lui. La Lune montait de plus en plus haut dans le ciel. Toujours lié à Ikita, je finis par m'endormir paisiblement, sûr d'une quiétude que je croyais ne jamais pouvoir disparaitre.
**********
Ce soir-là était le plus magique qu'il m'a été donné de vivre. Je tenais à vous le retranscrire dans son entièreté. Ikita était l'amour de ma vie même si nos chemins finirent par se séparer brutalement. Mon initiation à la voie du Loup et au sang qui coulait en ma famille n'était que le prélude d'un voyage bien plus grand et dangereux. Ma venue, notre partage, le choix qu'il ne m'a pas donné, tout était lié au secret que j'allais apprendre peu après mon réveil. Je lui en ai sans doute toujours voulu. Mais c'est une histoire que je vous raconterai en un autre jour. Pour l'instant, je suis trop fatigué pour écrire.
Que vos hurlements atteignent les cieux de notre déesse.